Dr. Strangelove - Stanley Kubrick_03

Sarah a beaucoup aimé Dr. Strangelove (1964).

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Le style humoristique a vieilli malgré ce que les vieux fans en diront. Stanley maîtrisera plus tard parfaitement l’art du sourire et des éclats de rire, paradoxalement dans ses films les moins comiques. 

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Problèmes de rythmes, en particulier dans les scènes à l’intérieur de l’avion. Musique militaire mal utilisée. Trop similaire à celle de Paths of Glory.

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C’est un film avec BEAUCOUP de dialogues. Étonnant que ce soit aussi peu ennuyeux.

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Qu’est-ce qu’il a amélioré depuis les précédents films ? Comme l’a fait justement remarquer Sarah : les dialogues. C’est bien écrit. Les scènes de la « war room » et celles entre Ripper et Mandrake sont parmi celles que Stanley a faites de mieux et de plus complet pour l’instant. Dialogues, jeu d'acteur, montage, lumière, cadrage, intelligence, humour, noirceur. Je ne m'étends pas sur l’inventivité visuelle de ces scènes. Plus tard, je devrai en détailler les structures. C’est encore des « scènes de théâtre » typiques. Mais je crois qu’ici, Stanley est en train de faire apparaître une fissure dans les liens profonds qu’a le cinéma avec le théâtre. Petit à petit, pas après pas.

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Ça reste un film très limité au thème qu’il aborde. L’histoire ne déborde pas sur la vie (*). C’est d’ailleurs la conclusion que je retiens de ses films avant 2001: A Space Odyssey (1968) : chacun à une couleur, une direction, et en reste là. Il n’y a pas de film-monde où Stanley compose avec une grande multitude de couleurs et d’instruments. Il est bon chef d’orchestre mais sans prendre de véritables risques sur la musique qu’il dirige. J’ai le sentiment qu’il n’est pas complètement emporté par l’histoire. Dans les films suivants, il y a toujours quelque chose qui le surpasse LUI.

Je crois que c’est une erreur de faire de Stanley « l’homme qui contrôlait tout ». À l'évidence, il ne contrôle pas vraiment les histoires. Il est pris par les histoires. Les personnages le surprennent autant que nous. J’en reparlerai de ça.

Je pourrais proposer dans ces notes une manière différente de regarder Kubrick. Au lieu de dire : à partir de 2001, Kubrick a le contrôle sur tous les aspects des films et, grâce à ce contexte favorable, grâce à son génie, il a pu faire les chefs-d’œuvre qu’on connaît. On pourrait dire plutôt : à partir de 2001 (**), grâce au contexte favorable, grâce à sa monstrueuse intelligence à agencer les gens ensemble, Stanley a appris à apprendre des histoires. Il a appris à ne pas « simplement suivre un scénario », à ne pas figer la direction des histoires. Il a appris à découvrir son film (***) avec les personnages, avec les intrigues et avec ses collaborateurs et collaboratrices. Il a appris à faire de la place aux autres (****). 

Dans Dr. Strangelove, il reste encore sage avec le cinéma. Je parle de la forme. C’est pas compliqué de trouver des innovateurs à cette époque. S’il en fait partie (?), il est loin du podium. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour qu’en un film, en quatre années, il passe au niveau de génie qu’on connaît ? Est-ce que c’est simplement une question de contexte ? De financement ? Ou alors est-ce qu’il est tombé sur « la bonne histoire » qui allait « lui permettre de » ? Ou alors est-ce lui, qui s’est décidé à sortir des rangs ? 

Peut-être que je me trompe complètement en parlant du bon élève premier de classe (01). J’ai plus du tout en tête comment était Stanley à cette époque. Qu’est-ce qui a changé en lui entre ces deux films ? L’écart est tellement immense… J’ai hâte de lire le livre de Kolker et Abrams. Il manquait une bonne biographie sur Stanley.

24.01.24 Izmir

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