FRESQUE-DE-
TRIPOLI-
ŒUVRES-PARTENAIRES
Cette liste (non exhaustive) documente les œuvres qui ont façonné mon regard avant mon arrivée à Tripoli (regard qui sera bien évidemment transformé par cette dernière). Plus particulièrement, ces œuvres ont influencé la composition de la Fresque (styles esthétiques, mise en correspondance des images, structures générales). Je n’ai pas inclus dans la liste les travaux qui ont posé les bases de mes connaissances historiques et politiques sur le Liban, notamment car ce que j’ai appris de plus important, je ne l’ai pas appris dans des livres, mais à Tripoli, au fil des expériences et des conversations. Présente d’abord dans le livre, vous trouverez ici la version mise à jour (octobre 2026) et définitive de la liste.
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. Les saisons - Le dénombrement de bethléem - Le repas de noces - La danse des paysans Pieter Bruegel
. Mort à crédit - D’un château l’autre Louis-Ferdinand Céline
J’adore les histoires où l’on voit des personnes changer. À commencer par Céline. Il excelle à prendre appui sur ses expériences personnelles pour dire la vie. Cette capacité à nous faire rentrer dans sa tête m’a toujours étonné. Des années plus tard, j’ai découvert chez Kubrick tout ce que je ne trouvais pas chez Céline : « Un jour Fellini dit à propos de Stanley Kubrick une chose surprenante. Il dit qu’il l’enviait. Qu’il l’enviait beaucoup. Et il expliqua tout de suite pourquoi. “Kubrick — dit Fellini — peut raconter toutes les histoires qu’il veut sans pour autant cesser de se raconter lui-même. Moi, au contraire, je suis condamné à une sorte d’éternelle autobiographie.”»*. La rencontre des œuvres de Céline et Kubrick dans ma vie a ouvert des portes que j’explore toujours : deux façons radicalement contraires et complémentaires de faire sentir son existence au monde. (* Gianni Amelio . Positif spécial Kubrick n° 464 octobre 1999)
. La trace du papillon Pages d’un journal (été 2006 - été 2007) Mahmoud Darwich
Ce recueil de Darwich est le dernier publié de son vivant. Sa composition très éclectique, parfaitement construite mais sans en avoir l’air, est un modèle pour le photographe que je suis.
. L’ami commun Charles Dickens
L’Ami commun, Dickens à son plus haut niveau. Dans ce roman, une immense diversité de personnages, des plus pauvres aux plus riches, des plus admirables aux plus haïssables, se retrouvent liés par le génie narratif de l’écrivain, avec comme contexte une ville, Londres.
. London A Pilgrimage Gustave Doré, Blanchard Jerrold | 01
. Crime et Châtiment Fédor Dostoïevski
Je connais Dostoïevski par les traductions d’André Markowicz. Au-delà des romans eux-mêmes, ce sont les commentaires du traducteur, utiles, allant à l’essentiel, qui m’ont marqué. Notamment la postface de Crime et Châtiment, dont je trouve des échos dans la Fresque.
. Vie de la Vierge Albrecht Dürer
. Full Metal Jacket - Eyes Wide Shut Stanley Kubrick
Full Metal Jacket est un chef-d’œuvre de description. Une des influences visuelles les plus importantes de la Fresque. Je lui dois ce regard, non pas froid, mais tranchant, qui évite la romantisation, le misérabilisme ou les excès d’optimisme.
C’est mon père qui m’a fait découvrir les films de Stanley Kubrick. Il a eu le choc à quinze ans avec 2001, l’Odyssée de l’espace. C’était au Rialto à Nice. Moi, je ne les ai pas aimés. Mon premier grand choc au cinéma, c’est lorsqu’il m’a emmené voir The Tree of Life de Terrence Malick. C’était au Rialto à Nice. En 2018, j’ai réessayé. Barry Lyndon, qui m’avait tant ennuyé, m’a fait vivre intensément pendant trois heures. Comme un décollage du canapé, en apesanteur, transporté, transformé, les yeux et les oreilles comme ouverts pour la première fois. Je ressentirai violemment l’atterrissage brutal, habituel chez Kubrick. Grâce à lui (puis Rowling) je comprendrai le pouvoir d’une excellente histoire. On n’est pas seulement « emporté dedans », c’est la réalité de l’histoire et ses personnages qui débarquent chez nous.
À la suite des débarquements, j’ai commencé à lire sur Kubrick. J’étais déçu. Ni les analyses de spécialistes ni les interprétations délirantes ne m’intéressaient. J’ai voulu contribuer, dire ce que je voyais. J’ai mis de côté mes photographies et six mois plus tard, je publiais sur Internet une longue étude, les Notes vocales. Il me semblait qu’en travaillant à bien décrire les œuvres, on laissait plus de place à des analyses et interprétations saines. On réduisait trop souvent les innovations de Kubrick à des aspects techniques. Je préférais regarder du côté de la structure des œuvres. On se rend compte que les grands chefs-d’œuvre ont en commun, non pas d’être des ruptures pleines de nouveautés, mais plutôt des œuvres qui organisent différemment, synthétisent, et souvent améliorent des choses déjà existantes, le tout parsemé d’inventions.
J’ai voulu dire en quoi Eyes Wide Shut était l’un de ces rares chefs-d’œuvre. Pour cela, je devais m’appuyer sur d’autres œuvres-qui-synthétisent du même calibre. L’approche multidisciplinaire était très nourrissante. Par exemple, afin de comprendre les innovations dans la structure des scènes, je faisais un détour par le roman Rigodon de Céline, puisque lui-même y menait une innovation similaire. Pour montrer le chemin parcouru par Kubrick entre 2001, l’Odyssée de l’espace et Eyes Wide Shut, je m’appuyais sur le chemin parcouru par Michel-Ange entre les plafonds de la chapelle Sixtine et son Jugement dernier. Je disais qu’ils s’étaient distingués dans leurs pratiques, car ils organisaient les éléments différemment. La forme qui apparaissait leur permettait de synthétiser une palette immense de couleurs et de pousser aux limites certaines caractéristiques de leurs pratiques. La profondeur sans fin de leurs œuvres était liée à la forme qu’ils trouvaient.
Pendant ces six mois, il m’arrivait de regarder Eyes Wide Shut quatre fois par semaine. Parfois en coupant le son pour mieux voir le rythme du montage (parfait), parfois en me concentrant sur les acteurs et actrices (aussi subtils que la vie). Les motifs qui se répétaient tout au long du film étaient inscrits dans la structure si clairement, que je pouvais y voir Kubrick organiser son chef-d’œuvre.
Comment fait-on pour être autant en synergie avec son œuvre ? C’est le film où Stanley retourne après des décennies dans sa ville natale, New York. Parmi les motifs, il y a toute une série de détails autobiographiques qui sont comme gravés, cachés dans les plis du film. C’est très fin, très subtil. À chaque fois que je voyais l’un de ces motifs, j’avais l’impression de découvrir un secret.
Je raconte tout cela parce que Notes vocales a été mon premier travail de description, bien avant la Fresque. Et que l’un de ses grands problèmes était de ne pas avoir une présentation de celui qui décrivait. Autrement dit, je ne situais pas mon point de vue. Le problème est maintenant réglé. Cependant, ma présentation reste incomplète : Fresque de Tripoli n’est qu’une partie de l’histoire. Si l’on veut continuer, il serait utile de voir la vie que le photographe regardait avant d’arriver à Tripoli.
. Sunny Taiyo Matsumoto
. Arzach Mœbius
. Ma vallée Claude Ponti
Ma vallée, mis devant mes yeux par ma mère, est sortie quand j’avais six ans. C’est l’un de mes premiers contacts avec une grande œuvre (les autres étant celles de Miyazaki). Il est très bien composé, innovant d’un point de vue narratif. Bien sûr, je ne comprenais pas pourquoi, mais je devais le ressentir, car les images sont restées en moi. Je l’ouvre toujours et, regardant la maquette de mon livre, en découvre l’influence indiscutable.
. Harry Potter J. K. Rowling | 01 . 02
Trois remarques sur Harry Potter : 1. On parle d’un type de roman qui exige du public un effort, celui d’accepter le monde proposé par l’autrice. Le génie de Rowling est de permettre au public de l’explorer et de sentir ce que cela fait d’y habiter. 2. Rowling n’écrit pas « sur des thématiques ». Elle écrit une vie, dans laquelle on trouve une infinité de thématiques entremêlées. 3. La structure des sept tomes, correspondant aux sept années qu’Harry passe à l’école, change de forme en même temps que le personnage grandit.
. Das Große Liederbuch - Nos années de boucherie - Babylon - Papaski - Otto - Zloty - Maître des brumes Tomi Ungerer
. Yeezus - The Life of Pablo - Donda Kanye West / Ye
Donda, bande-son officieuse de la Fresque de Tripoli. Long comme une odyssée, hétérogène comme les contradictions d’une vie, efficace comme un évangile. Écouté en boucle durant l’année à Tripoli et pendant la composition.